lundi 18 octobre 2010

Indignation, Philip Roth, Gallimard.


1951, Seconde guerre de Corée, Marcus Messner jeune étudiant d’origine juive, fils d’un boucher kasher du New Jersey, quitte le domicile familial pour partir faire ses études à 800km de là à Winesburg dans l’Ohio (au passage petit clin d’œil à Sherwood Anderson). Il part de la maison car son père est devenu complètement paranoïaque. Dès que son fils sort il a besoin de savoir où il est avec qui, il ne doit pas rentrer tard… son père est persuadé qu’il finira comme le fils du voisin: dépravé. Pourtant Marcus est le type même de l’élève modèle : attentif, travailleur ayant besoin de ses heures de sommeil, une hygiène de vie parfaite…. Un peu trop, cela cache-t-il une rigueur maladive ? Philip Roth a ce don exceptionnel de créer un personnage parfait pour lequel on ressent de l'empathie et en plein milieu du roman, lors de l'entretien entre Messner et le doyen du campus, il détruit son personnage, mettant à jour les failles que le lecteur n'avait pas su déceler. Il nous fait douter de nos capacités de jugement... mais c'est pour ça que j'aime Philip Roth, il sait nous manipuler et moi je me laisse faire sans réticence!

Et comme dans tout bon roman d'apprentissage il y a les femmes... A l’université Marcus va se révéler à lui-même et aux autres, découvrir la sexualité dans les bras d’Olivia Hutton, jeune fille aux mœurs débridées (...pour l'époque! Il ne faut pas oublier qu'on est en 1951 et que le flirt dans une ruelle sombre c'est déjà jouer avec la loi et les bonnes mœurs!) au passé obscur et aux tendances suicidaires.

On retrouve dans ce roman de Philip Roth les thèmes qui lui sont chers : les premiers émois de l’amour se confondant surtout avec les premiers émois sexuels comme dans Goodbye Columbus, la judéité, obsession quasi-permanente, la guerre en toile de fond mais tellement importante, les relations père-fils. Un roman dans la même veine qu'Un homme, sur un moment dans la vie d’un homme ici, le passage de l’adolescence à l’âge adulte, la difficulté de se positionner, de se construire par rapport aux autres (ses parents, ses amis, ses amours) et à soi. Encore un très bon livre d'un des maîtres des lettres américaines!

Au passage et parce qu'on en parle rarement: un petit coup de cœur pour la couverture que je trouve magnifique. Merci Gallimard!

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